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Histoire et Héritage

Comment Porsche a survécu aux crises et est devenu un mythe

Choc pétrolier de 1973, ventes tombées à 14 000 voitures en 1993, bataille pour Volkswagen, affaire du diesel, résultat 2025 en baisse de 92,7 % : les crises de Porsche, dates et chiffres sourcés.

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Porsche 911 ancienne grise sortant d’une usine sur une route rouge, un Cayenne au loin

L’essentiel : Porsche a traversé cinq grandes crises : le choc pétrolier de 1973, l’effondrement de 1987-1993 (environ 14 000 voitures vendues en 1993, contre plus de 50 000 en 1986), l’échec de sa prise de contrôle de Volkswagen (2008-2009), l’affaire du diesel, puis la chute de 2025, où son résultat opérationnel a reculé de 92,7 %. Ce qui l’a sauvée : la 911 maintenue en 1981, la production allégée et le Boxster de Wendelin Wiedeking, le Cayenne, puis l’adossement à Volkswagen.

Porsche est longtemps restée l’un des constructeurs les plus rentables du monde : 14,1 % de marge opérationnelle en 2024 encore. Son histoire n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Petite entreprise indépendante, elle a plusieurs fois vu ses ventes s’effondrer, a tenté d’avaler Volkswagen avant d’être intégrée à son groupe, et traverse depuis 2024 sa crise la plus grave depuis trente ans, que doit résoudre Michael Leiters, président du directoire depuis janvier 2026. Voici ces crises, dates et chiffres à l’appui, et ce qui a permis d’en sortir. La suite se joue avec la feuille de route Strategy 2035.

Ferdinand Porsche l homme derriere la legende

Les crises de Porsche en un coup d’œil

PériodeCriseCe qui a sauvé Porsche
1973-1981Choc pétrolier, avenir de la 911 en questionLa 924, la 911 Turbo, puis la 911 maintenue par Peter Schutz (1981)
1987-1993Dollar faible, ventes divisées par plus de trois, pertesTravaux pour d’autres marques, production allégée, Boxster (1996)
2002Le pari risqué d’un SUVLe Cayenne : 276 652 exemplaires en première génération
2008-2012Prise de contrôle de Volkswagen, dette de 9 milliards d’eurosIntégration au groupe Volkswagen (49,9 % en 2009, 100 % en 2012)
2015-2019Affaire du diesel : amende de 535 millions d’eurosAbandon du diesel (2018), Taycan électrique (2019)
2024-2026Chine, droits de douane, électrique plus lent : résultat 2025 en baisse de 92,7 %Réorientation de la gamme, nouveau patron, Strategy 2035
Sources : Porsche Newsroom, Porsche SE, IndustryWeek.

1973-1981 : le choc pétrolier et la 911 en sursis

La 911, présentée en 1963, porte la marque depuis dix ans quand survient le choc pétrolier de 1973. En septembre, Porsche montre au salon de Francfort le prototype d’une 911 Turbo, et l’entreprise elle-même doute qu’un tel modèle ait un sens en pleine crise. La 911 Turbo (930) est pourtant présentée au Salon de Paris en 1974 ; prévue en petite série, elle se vend à 2 850 exemplaires en trois ans.

L’autre réponse vient d’un projet abandonné. En mars 1972, Volkswagen avait commandé à Porsche le développement d’une remplaçante de la 914, le projet EA 425. Fin 1974, en pleine crise, Volkswagen y renonce : Porsche rachète les droits et lance la 924 début 1976, à 23 240 marks, avec de nombreuses pièces du groupe. Construite chez Audi à Neckarsulm, elle sera produite à 150 684 exemplaires jusqu’en 1988.

Quand Peter Schutz prend la tête de Porsche en janvier 1981, l’entreprise traverse une période difficile, et l’arrêt de la 911 est prévu. Dès sa troisième semaine, il revient sur cette décision. Sous sa direction, les ventes triplent et Porsche enchaîne cinq exercices records.

1987-1993 : la crise qui a failli tout emporter

Dans la seconde moitié des années 1980, la chute du dollar fait fondre les recettes à l’export et les ventes aux États-Unis. Peter Schutz quitte l’entreprise en 1987. La gamme compte alors la 911, la 924 (jusqu’en 1988), la 944 et la 928 ; la 968 ne remplace la 944 qu’en 1991. Les coûts de production sont trop élevés.

La chute est brutale : plus de 50 000 voitures vendues en 1986, 23 000 sur l’exercice 1991, environ 14 000 en 1993. Fin 1992, les pertes atteignent 240 millions de marks. Pour occuper ses usines, Porsche travaille pour d’autres : elle assemble à Zuffenhausen la Mercedes-Benz 500 E, dont 10 479 exemplaires sont construits jusqu’en avril 1995, et met au point l’Audi RS2. Ces contrats permettent de garder les équipes.

Wendelin Wiedeking, la production allégée et le Boxster

Wendelin Wiedeking entre au directoire comme responsable de la production en 1991, à 38 ans, puis prend la présidence du directoire en 1993. À partir de 1992, des consultants japonais, menés par Chihiro Nakao, y introduisent la production allégée inspirée de Toyota : le temps de fabrication d’une 911 passe de 120 à 60 heures.

Le Boxster, montré en concept à Detroit en 1993 et commercialisé en 1996, marque le tournant : il partage l’avant, les portes et de nombreuses pièces avec la 911 de génération 996, présentée en 1997, ce qui réduit les coûts des deux modèles. Sur l’exercice 1997, Porsche revend plus de 32 000 voitures et dégage un bénéfice. Toute la lignée est détaillée dans notre guide du Porsche Boxster, toutes générations.

2002 : le pari du Cayenne

Pour le premier SUV de son histoire, Porsche s’associe à Volkswagen : c’est le projet « Colorado », où le Cayenne et le Touareg partagent une même plateforme. Une usine est construite à Leipzig, inaugurée en août 2002, et le Cayenne est présenté au Mondial de Paris en septembre 2002. Les puristes protestent, mais la première génération se vend à 276 652 exemplaires en huit années-modèles, près de 35 000 par an. Le millionième Cayenne sort des chaînes en 2020. Le Panamera (2009) puis le Macan (présenté fin 2013) prolongent la diversification ; notre guide du Porsche Cayenne, toutes générations en retrace l’histoire.

2005-2012 : de la conquête de Volkswagen à l’intégration

Enrichie par le Cayenne, Porsche achète des actions Volkswagen à partir de 2005, puis des options sur d’autres titres. Fin octobre 2008, elle révèle contrôler, options comprises, environ 74 % de Volkswagen : les vendeurs à découvert doivent racheter des titres en urgence, et l’action de Volkswagen dépasse brièvement 1 000 euros. Le 5 janvier 2009, la holding Porsche SE détient 50,76 % des actions ordinaires de Volkswagen. Mais la crise financière est là, et sa dette nette atteint 9 milliards d’euros fin janvier 2009.

Le rapport de force s’inverse. Wendelin Wiedeking quitte Porsche le 23 juillet 2009, et un accord de principe sur la création d’un groupe intégré est signé en août 2009. En décembre 2009, Volkswagen prend 49,9 % de Porsche AG pour 3,9 milliards d’euros. Le 1er août 2012, il en devient l’unique propriétaire : Porsche SE reçoit environ 4,46 milliards d’euros et une action Volkswagen. Les familles Porsche et Piëch restent, par Porsche SE, le premier actionnaire de Volkswagen, avec 32,2 % du capital.

2015-2019 : l’affaire du diesel et le virage électrique

L’affaire des moteurs diesel truqués du groupe Volkswagen, révélée en 2015, touche aussi Porsche, qui n’a jamais développé ni produit de moteur diesel mais en montait sur ses modèles. Le 7 mai 2019, le parquet de Stuttgart lui inflige une amende de 535 millions d’euros (4 millions d’euros d’amende et 531 millions d’avantages économiques confisqués) pour un manquement par négligence à son devoir de surveillance. Porsche avait renoncé au diesel en 2018. En septembre 2019 arrive le Taycan, sa première voiture de série 100 % électrique.

2022 : l’entrée en Bourse

Le 29 septembre 2022, Volkswagen introduit en Bourse une partie de Porsche AG : les actions de préférence sont placées à 82,50 euros. Le 19 décembre 2022, 81 jours plus tard, Porsche entre au DAX, l’indice des 40 premières valeurs allemandes, avec une capitalisation de 89,4 milliards d’euros.

2024-2026 : la crise la plus grave depuis les années 1990

Les ventes reculent en Chine, les droits de douane américains pèsent, et la demande de voitures électriques haut de gamme croît bien moins vite que prévu. En Europe, Porsche retire le Macan thermique au printemps 2024 et cesse de vendre les 718 Boxster et Cayman neufs en juillet 2024. Le 19 septembre 2025, elle réoriente sa gamme : plus de moteurs thermiques et d’hybrides rechargeables, un nouveau SUV au-dessus du Cayenne lancé d’abord en thermique et en hybride, des Panamera et Cayenne thermiques maintenus jusque tard dans les années 2030. Le 22 septembre 2025, son action, passée sous 45 euros, sort du DAX.

Les résultats de 2025, publiés le 11 mars 2026, mesurent le choc :

  • chiffre d’affaires : 36,27 milliards d’euros, en baisse de 9,5 % ;
  • résultat opérationnel : 0,41 milliard d’euros, contre 5,64 milliards en 2024 (- 92,7 %) ;
  • marge opérationnelle : 1,1 %, contre 14,1 % ;
  • livraisons : 279 449 voitures, en baisse de 10,1 % ;
  • charges exceptionnelles : environ 3,9 milliards d’euros, dont 2,4 pour la réorientation de la gamme, 0,7 pour les activités de batteries et 0,7 pour les droits de douane américains.

Le 1er janvier 2026, Michael Leiters, passé par Porsche de 2000 à 2014, puis directeur technique de Ferrari et directeur général de McLaren, succède à Oliver Blume. En juillet 2026, un accord prévoit la suppression d’environ 8 900 postes dans la région de Stuttgart d’ici 2035, en échange d’une garantie d’emploi prolongée jusqu’à fin 2035. Au premier semestre 2026, la rentabilité se redresse : résultat opérationnel de 1,35 milliard d’euros (+ 33,9 %) et marge de 7,8 %, malgré des livraisons en baisse de 16,5 %. La Strategy 2035, esquissée à l’assemblée générale de 2026, est détaillée le 7 octobre 2026 sous le nom « Sportwagenschmiede ’35 » : Porsche vise une marge opérationnelle de 10 à 15 % à moyen terme et veut être rentable dès moins de 200 000 voitures vendues par an.

Ce qui a sauvé Porsche à chaque crise

  1. La 911, gardée puis renouvelée : sauvée en 1981, refondue avec la 996, elle reste le cœur de la marque.
  2. Des modèles qui élargissent la clientèle : la 924 en 1976, le Boxster en 1996, le Cayenne en 2002, puis le Macan.
  3. Des coûts maîtrisés : production allégée à partir de 1992, pièces partagées entre modèles et avec le groupe Volkswagen.
  4. Un actionnaire solide : depuis 2009-2012, Volkswagen, dont les familles Porsche et Piëch restent le premier actionnaire.

La crise de 2024-2026 montre aussi les limites du modèle : en misant tôt et fort sur l’électrique, Porsche a dû revenir en arrière et payer cette réorientation au prix fort.

Questions fréquentes

Porsche a-t-elle failli faire faillite ?

Porsche n’a jamais été en faillite. Sa crise la plus grave reste celle du début des années 1990 : ses ventes sont tombées de plus de 50 000 voitures en 1986 à environ 14 000 en 1993, et ses pertes atteignaient 240 millions de marks fin 1992. Les contrats pour Mercedes-Benz et Audi, puis la production allégée et le Boxster, l’ont remise à flot.

Pourquoi Volkswagen possède-t-il Porsche ?

Porsche a tenté de prendre le contrôle de Volkswagen en 2008-2009, mais s’est retrouvée endettée de 9 milliards d’euros en pleine crise financière. Volkswagen a alors pris 49,9 % de Porsche AG fin 2009, puis 100 % le 1er août 2012. Depuis 2022, une partie des actions de Porsche AG est cotée en Bourse.

Le Cayenne a-t-il sauvé Porsche ?

Il l’a surtout fait changer d’échelle. Le redressement date des années 1990, avec Wendelin Wiedeking et le Boxster. Présenté en 2002, le Cayenne s’est vendu à 276 652 exemplaires en première génération et a financé l’expansion de la marque.

Pourquoi Porsche est-elle en crise en 2025-2026 ?

Baisse des ventes en Chine, droits de douane américains et demande de voitures électriques plus faible que prévu ont obligé Porsche à réorienter sa gamme vers les moteurs thermiques et hybrides. Avec environ 3,9 milliards d’euros de charges exceptionnelles, son résultat opérationnel 2025 est tombé à 0,41 milliard d’euros (- 92,7 %).

Qui dirige Porsche en 2026 ?

Michael Leiters préside le directoire de Porsche AG depuis le 1er janvier 2026. Il a succédé à Oliver Blume, qui dirigeait à la fois Porsche et le groupe Volkswagen.

Pour aller plus loin

Sources

Histoire et Héritage

Prochains départs

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